Contemporain

Nos vies suspendues de Charlotte Bousquet

Éditions Scrineo – 17,90€
316 pages – 14 Février 2019

Quatrième de couverture :

Trois ans, déjà.

Trois ans qu’Anis court pour ne plus qu’on la rattrape.
Trois ans que Nora a préféré ralentir, pour s’arrêter de penser.
Trois ans que Milan s’en veut de n’avoir rien pu faire.
Trois ans que Steven a fermé les yeux, et qu’il avance dans le noir.

Cette nuit-là les a marqué à jamais.
Et chacun doit réapprendre à vivre, avec cette voix intérieure qui ne les quitte pas.
Cette voix qui ne cesse de grandir et qui ne s’arrêtera pas de parler. Pas tant que les coupables n’auront pas payé.

Alors que le passé ne leur laisse aucun répit, comment retrouver le fil de leurs vies suspendues ?

Avis personnel :

En lisant le synopsis, je ne m’attendais pas spécialement au sujet qui allait être traité dans ce roman. C’est certain qu’il y avait un événement tragique qui s’était tenu mais le thème abordé n’était qu’hypothèses. Il suffit de lire la première page comportant une citation pour se douter du fond du roman et cela est confirmé rapidement avec un extrait de loi. En soi, je comprends le fait de le découvrir lors de la lecture (je lis toujours le synopsis donc je fais quelques suppositions et j’ai des attentes mais ce n’est pas le cas de tout le monde) mais comme c’est un sujet difficile, l’informer sur la quatrième de couverture me semble primordial. Donc trigger warning : viol (surligner pour lire le sujet du roman).

Dehors, je marche, les yeux rivés sur mes pas, sur le sol.
L’esprit prisonnier de ce souvenir. La tête prisonnière des épaules.
Personne ne sait, personne ne voit. Mais mon identité
tout entière, victime. Coupable.
Sophie Guth, « Corps perdu », Poésie en liberté 2017, collectif.

Grâce à une narration plurielle, l’autrice donne la parole à tous les protagonistes de cette nuit datant de trois ans. Les chapitres sont entrecoupés de flashbacks révélant peu à peu les relations entre les personnages et les circonstances de cette nuit ainsi que de mystérieuses pensées dédiées à une ombre qui prend de plus en plus de consistance. Le sujet est traité avec justesse et réalisme et le récit ne peut être que poignant. Toutefois il y a touche de fantastique amorcée dès le début qui donne un dénouement inattendu. Cela a peut-être permis une certaine distanciation et donc de donner plus de poids aux sentiments qui sont ainsi personnifiés mais cela n’était pas forcément nécessaire.

« Nora ne se réveille pas ». Lapidaire. Rageur. Impuissant. Une rage que je me prends de plein fouet, parce que je suis consciente, moi, et combative, une rage qui se communique, de l’écran à ma peau, ma chair, mon cœur. Procès en cours d’assises ou non, ils paieront. Je veux que la peur les fige. Je veux qu’ils tremblent, mais soient incapables de crier. Je veux qu’ils ressentent notre terreur – et qu’ils demandent pardon.

Après cette nuit, Anis et Nora ont essayé de survivre. Mais trois ans plus tard, rien n’a changé. Lorsque le chapitre est centré sur Anis, la narration est à la première personne ; c’est la protagoniste centrale. Elle se dépense continuellement – course à pieds, sports de combat – et réagit avec rage, ayant à l’esprit de se venger puisque la justice ne l’a pas fait pour elle et son amie. Elle continue de se battre. Lorsque c’est au tour de Nora, la narration est à la deuxième personne. Elle s’adresse à elle-même, comme si elle n’existait déjà plus. Les procès ne leur ont pas rendu justice et elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle a abandonné. Leurs réactions sont donc opposées mais les deux sont émotionnellement fortes et montrent que la justice n’a pas accompli son devoir. Tous les autres chapitres sont à la troisième personne. Milan est un policier qui les aide depuis cette nuit, la parole est aussi donnée aux criminels, quel que soit leur degré de culpabilité.

En résumé :

Dans ce roman poignant, un sujet dur est exploité de manière réelle mais avec justesse. Une touche de fantastique abordée dès le début mais se matérialisant vers la fin permet de parler de sentiments forts tels que la culpabilité toutefois le récit se suffisait à lui-même. La reconstruction de Anis et Nora après ce drame, et le nouveau procès étaient suffisamment prenants.

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Bilans

Mars 2019


En mars, j’ai lu 9 livres et 69 chapitres de BD asiatiques : 4 albums, 4 romans, 1 manga ainsi que 69 chapitres de webtoon.

LIVRES LUS :

  • Webtoons :

Des strips drôles à lire :

  • My giant nerd boyfriend de Fishball [13 chapitres]
  • Just for kicks de Josie Fox [4 chapitres]
  • The Beehive de Lollibeepop [4 chapitres]
  • Murrz de Murrz [13 chapitres]
  • Budgie’s Life de Muffin Girl [10 chapitres]
  • IT Guy & ART Girl de Bonnie Pang [4 chapitres]

Des histoires très plaisantes à suivre :

  • Soara Academy de Muffin Girl [3 chapitre]
  • Let’s Play de Mongie [4 chapitres]
  • Miss Abbott and the Doctor de Maripaz Villar [5 chapitres]
  • True Beauty de Yaongyi [4 chapitres]
  • Age Matters de Enjelicious [5 chapitres]

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  • Albums :

Au loup ! de Stephanie Blake

Cet album revisite la fable d’Esope du petit garçon qui criait au loup. Un petit lapin ne faisait que ce qu’il souhaitait et pour éviter de faire ce qu’il ne voulait pas, il criait au loup. Tout le monde s’enfuyait alors, que ce soit sa maman qui lui demandait de ranger sa chambre, sa maîtresse qui l’interrogeait, etc. Cependant, lorsqu’il y a une menace réelle, plus personne ne le croit. Mais n’est-ce pas simplement une blague pour lui donner une leçon ? Les illustrations sont très colorées et simples comme le texte qui est centré sur la page de gauche et prend toute la place.

Le roi du château de Jeanne Taboni Misérazzi & Adrien Albert

Un petit garçon a construit un beau et gros château. Lorsqu’il part se baigner avec sa mère, des bigorneaux et un crabe tentent de clamer leurs droits sur le château. Dommage pour eux, le petit garçon en est le roi et il ne compte pas se laisser détrôner, avec sa maman à la rescousse pour chasser les bêtes. Cependant la vague ne sera pas aussi facile à arrêter… Cet album raconte une histoire toute simple se passant en bord de mer qui rappelle la journée d’un jeune enfant. Le texte est aussi adapté à un jeune public avec des répétitions et des onomatopées. Les illustrations sont réussies, j’aime beaucoup les différents points de vue et les expressions des personnages.

Maître des Brumes de Tomi Ungerer

Dans un paysage irlandais, Tomi Ungerer nous conte une histoire réaliste avec un brin de fantastique. Finn et Clara habitent un petit village de pêcheurs dans une petite île en mer d’Irlande. Si leur famille est pauvre, ils ne manquent de rien. Leur père leur construit un curragh, une petite barque traditionnelle. Ils peuvent ainsi naviguer autour de leur île mais ils ne doivent pas s’approcher de l’Île aux Brumes car personne n’en est jamais revenu. Cependant, lord d’un épais brouillard, la marée les emmène sur cette île où ils font la connaissance d’un étrange homme… J’ai beaucoup apprécié cette histoire et son mystère ainsi que les illustrations qui l’accompagnent.

Splatch ! de Cendrine Borzycki

Divers animaux plongent tour à tour dans de l’eau en émettant divers « Plouf ! ». Ils en profitent pour nager librement dans cette eau jusqu’à ce qu’un puissant « Splatch ! » les surprenne ! La chute est très amusante. Ce livre plaira sans aucun doute aux plus petits avec le schéma répétitif et les onomatopées. Pour ma part, j’ai bien aimé cette petite histoire et les illustrations sont très jolies.

  • Romans :

Mon loup de Moka

Pierre adore les loups et collectionne tout ce qui se rapporte. Lorsqu’une tante inconnue rend visite à sa famille pendant trois jours, il est obligé de partager sa chambre avec elle et cela ne lui plaît guère. Son intrusion dans sa vie va pourtant lui permettre de partager un secret terrible… J’ai aimé retrouvé la plume de Moka dans cette courte histoire.

Samuel : Terriblement vert ! de Hubert Ben Kemoun & François Roca

Dans cette histoire fantastique, Lionel, le meilleur ami de Samuel, est en train de se transformer en arbre après avoir avalé des graines mystérieuses. Samuel fera tout pour le sauver ! La réaction de l’adulte est un peu surprenante mais il sert à mettre en avant l’amitié des deux garçons.

Les lionnes de Jean-François Chabas

Aux plus jeunes de mes lecteurs qui s’attristeraient de cette fin, je voudrais dire de ne pas avoir de peine. La vie, je vous le souhaite, vous apprendra qu’il est bien plus terrible de vivre en hyène que de mourir en lionne.

Et aux plus âgés aussi. Dans ce court roman, l’auteur aborde à travers deux lionnes et divers animaux qu’elles croisent leur comportement face à la survie et à la mort. Il en profite pour parler du lien très fort du sang, celui d’une mère et de son enfant.

Petit Homme et les princesses de Yak Rivais

Petit Homme rêve de rencontrer une princesse. Un soir, il suit deux lutins attirés par des chamallows. Il va rencontrer divers personnages qui parlent des langues bizarres. Les lutins n’utilisent qu’une voyelle par phrase, les soldats du château inversent masculin et féminin, la cour abuse d’adverbes, et ainsi de suite. Le lecteur vit avec le garçon une amusante aventure avec tous ces jeux de langage.

  • Autres :

Chihayafuru [Tome 27] de Yuki Suetsgu [Manga]

Taichi a finalement révélé ses sentiments à Chihaya. Il a aussi quitté le club, certainement avec quelques doutes mais il ne pouvait plus côtoyer ses amis. Se consacrant uniquement à son avenir, il prend des cours de soutien où Suô est professeur. Chihaya est bouleversée par la confession de Taichi. Elle ne peut plus jouer au karuta et elle aussi prend ses distances avec ce sport, se réfugiant dans les études en suivant les conseils d’un de ses professeurs. C’est très étrange de voir Chihaya si imperméable au karuta. Elle est tellement passionnée que de la voir étudier ardemment est un crève-cœur car cela se voit qu’elle ne voit pas bien. Le club est donc livré à lui-même, sans son président et sa capitaine qui lui insufflaient son énergie. Il accueille des nouveaux et les anciens doivent apprendre à fonctionner sans leurs leaders et à le diriger. Quant à Arata, il a fondé un club dans son lycée et il apprend à devenir le chef d’une équipe. Est-ce que cela fera revenir Chihaya et Taichi vers le karuta quand ils auront affronté leurs propres démons ? Leurs sentiments sont très vifs à cette période de leur vie et leur questionnement sur leur avenir est aussi essentiel.

ACQUISITIONS ET PAL :

+ 2 / – 8

J’ai acquis le dernier tome de Chihayafuru qui est lu ainsi que Nos vies suspendues que je vais commencer.

Bilans

Février 2019


Pour le mois le plus court de l’année, j’ai lu 8 livres et 96 chapitres de BD asiatiques : 3 albums, 2 romans, 2 mangas, 1 beau-livre ainsi que 96 chapitres de webtoon.

LIVRES LUS :

  • Webtoons :

Des strips drôles à lire :

  • My giant nerd boyfriend de Fishball [9 chapitres]
  • Just for kicks de Josie Fox [4 chapitres]
  • The Beehive de Lollibeepop [3 chapitres]
  • Murrz de Murrz [12 chapitres]
  • Budgie’s Life de Muffin Girl [8 chapitres]
  • IT Guy & ART Girl de Bonnie Pang [7 chapitres]

Des histoires très plaisantes à suivre :

  • Soara Academy de Muffin Girl [1 chapitre]
  • Let’s Play de Mongie [4 chapitres]
  • I love Yoo de Quimchee [1 chapitres]
  • Miss Abbott and the Doctor de Maripaz Villar [4 chapitres]
  • True Beauty de Yaongyi [4 chapitres]
  • Age Matters de Enjelicious [4 chapitres]
  • Bad Dates de MigiTwins [35 chapitres]

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  • Albums :

Tu nous emmènes ? de Yuichi Kasano

Ça y est ! L’avion est terminé. Le père et son fils vont bientôt pouvoir décoller… Sauf que le chien aimerait bien voler lui aussi. Qu’à cela ne tienne, quelques planches de bois, des clous et des coups de marteau ! Voilà, tout le monde est paré au décollage ! Oh mais la maman cochon et ses petits aimeraient venir aussi. Puis la vache. Et n’oublions pas la poule ! Est-ce que tout le monde trouvera sa place à bord de l’avion ? Heureusement que le père est bricoleur et astucieux ! L’histoire est simple et amusante, avec un schéma répétitif. Le texte est bref, avec beaucoup d’exclamations et des onomatopées mimant les bruitages du bricolage. L’album est bien construit, avec de jolies et précises illustrations campagnardes ou se situant dans l’atelier du père. J’apprécie beaucoup Yuichi Kasano et cet album ne déroge pas à cette règle, les plus petits l’apprécieront beaucoup.

César de Grégoire Solotareff

César vit avec son père dans une cage. Celui-ci lui raconte souvent des histoires et César adore celle de l’empereur des crocodiles. Quand il sera grand, il sera empereur des oiseaux, il n’aura peur de rien et il mangera un crocodile. Lorsque l’occasion se présente, César s’échappe de sa cage tandis que son père ne veut pas tout recommencer. Il s’envole alors et découvre une liberté qu’il n’a jamais connue. Il fait la rencontre d’un crocodile mais il a l’air bien inquiétant… Une jolie histoire sur le fait de grandir et d’une amitié improbable. De grands pages de couleurs vives caractérisent le style de Solotareff, celles-ci sont dans des tons clairs et une bordure un peu plus foncée autour des objets et personnages les font ressortir. Une jolie lecture en somme !

La fête de la tomate de Satomi Ichikawa

Hana achète un plan de tomate et prend soin de lui. Elle le plante dans un pot plus grand, elle l’arrose quotidiennement, elle enlève les chenilles qui mangent les feuilles… La plante grandit mais ce n’est que lorsqu’elle sera plantée dans le potager de sa grand-mère qu’elle donnera de délicieux fruits. A travers la petite fille et le plan de tomate, l’album aborde la persévérance et la patience qui sont récompensées avec l’apparition des fleurs et des tomates. L’histoire est simple, racontant quelques instants dans la vie d’une petite fille, avec ses jeux et ses découvertes, tout en faisant participer l’adulte – ici ses parents et sa grand-mère. Les illustrations sont jolies et réalistes. Une très chouette lecture que je recommande !

  • Romans :

Broadway Limited [Tome 1] Un dîner avec Cary Grant de Malika Ferdjoukh

J’ai apprécié de découvrir le New York de 1948 aux côtés de Jocelyn et des pensionnaires de Giboulée. Je me suis parfois perdue dans les histoires de chacun car il y a beaucoup de personnages et ma lecture s’est étalée sur plusieurs semaines. J’ai en tout cas hâte de lire le prochain tome pour tous les retrouver !

La grande traversée de Shion Miura [Chronique]

Dans ce joli roman qui plaira à tout amoureux des mots, le lecteur s’attache aux personnages qui vouent leur vie à l’élaboration d’un dictionnaire.

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  • Autres :

Seven days [Tomes 1 et 2] de Venio Tachibana & Rihito Takarai [Manga]

J’avais repéré ce manga depuis des années par ses magnifiques couvertures : un paysage de mer entraperçu par les fenêtres d’une école et un ciel nocturne : tout ce que j’aime ! Les illustrations sont délicates et belles même si certains traits des visages m’ont parfois dérangée. L’histoire est une jolie romance entre adolescents qui se déroule sur une semaine.

Design & image de marque de Jean-Marc Piaton [Beau-livre]

Dans ce beau-livre, Jean-Marc Piaton fait part de son parcours dans le design global international. Lorsque j’ai reçu le livre, sa taille m’a surprise. Je suis habituée aux grands formats avec des couvertures cartonnées. Ce livre-ci est un format facilement manipulable avec une couverture souple. Il se repère facilement avec sa couverture jaune éclatante et le titre en grosses lettres coupées. Ce dernier se dévoile entièrement lorsque la couverture du livre est étalée puisque le titre se termine sur les rabats intérieurs. Le design du livre est ce qui m’avait en premier lieu attirée. L’intérieur est tout aussi réussi avec des illustrations et textes en couleur. Le livre alterne des photographies prises par l’auteur, des citations d’auteurs connus ou de lui-même pour en découvrir un peu plus sur lui, des détails sur lui, des pages d’explications sur quelques notions, des croquis, des informations et détails sur quelques marques et leurs images. Le contenu est donc très varié et plaisant à parcourir. Je regrette l’absence d’un sommaire ou d’un index pour s’y retrouver un peu plus. Il n’y a pas vraiment de logique dans la lecture du livre, on peut aisément lire certaines pages au hasard. Pour un beau-livre, je suis aussi déçue d’avoir repéré plusieurs coquilles (surtout un manque de césure) et des illustrations pixelisées. Quand le sujet du livre est l’image, en voir des pixelisées est vraiment dommage. Il y a donc un côté un peu trop amateur au final mais je n’oublie pas que c’est un récit auto-biographique avant-tout. D’ailleurs, cela ne m’a pas empêchée d’apprécier ma lecture. En effet, je suis curieuse de l’image en général et du rôle qu’elle joue dans la vie de tous les jours. Le livre est très intéressant et j’ai appris beaucoup de choses même si j’aurais souhaité un peu plus d’informations sur certaines notions et termes techniques. Et depuis ma lecture, je remarque encore plus les logos et symboles autour de moi !

ACQUISITIONS ET PAL :

+ 2 / – 7

Une nouvelle fois, j’ai lu mes deux acquisitions du mois : La grande traversée et Design & image de marque.

Contemporain

La grande traversée de Shion Miura

Titre original : Fune wo amu
Éditions Actes Sud – 22 €
288 pages – Février 2019
Traduction du japonais de Sophie Refle

Présentation de l’éditeur :

Majimé, jeune employé d’une maison d’édition, se voit confier la réalisation d’un nouveau dictionnaire du japonais, un projet titanesque baptisé La Grande Traversée. L’un des premiers termes sur lesquels il est amené à travailler n’est autre que le mot “amour”. Mais comment définir ce dont on n’a pas fait l’expérience ? À vingt-sept ans, aussi maladroit avec les gens qu’il est habile avec les mots, Majimé n’a jamais eu de petite amie. Quand il rencontre la petite-fille de sa logeuse, il tombe immédiatement sous le charme. Passionnée de cuisine et apprentie-chef, la jeune femme travaille la matière de ses ingrédients comme lui celle des mots, dans le même but : tenter de les fixer en un moment d’éphémère perfection. Cette fois-ci, Majimé entend bien ne pas laisser passer sa chance. Aidé par ses nouveaux collègues, il va tout faire pour vaincre sa timidité et ouvrir son cœur à celle dont il s’est éperdument amouraché, tout en se consacrant corps et âme à sa mission première : éditer le plus grand dictionnaire de tous les temps.
Amour, gastronomie et lexicographie : tels sont les ingrédients de ce roman léger et attachant, devenu un véritable phénomène éditorial au Japon, où il s’est vendu à 1 300 000 exemplaires.

Avis personnel :

La grande traversée, c’est le récit de la création d’un dictionnaire. Son élaboration prendra plusieurs années pour voir le jour et sera le projet de vie de plusieurs de ses rédacteurs et éditeurs. Le roman est construit en cinq chapitres de longueur variée, se centrant tous sur un des personnages principaux, tout en marquant l’avancement dans la conception du dictionnaire.

Dans le premier chapitre, nous découvrons Araki Kôhei. Il a consacré sa vie aux dictionnaires, travaillant depuis de nombreux années pour la maison d’édition Genbu Shobô dans le secteur des dictionnaires. Il doit désormais partir à la retraite pour s’occuper de son épouse malade alors que le grand projet « La grande traversée » n’en est qu’à ses balbutiements. Il a fabriqué de nombreux dictionnaires avec le professeur Matsumoto qui prend lui aussi part à la création de « La grande traversée ». Pour ces deux hommes passionnés par les mots, au point d’acheter quantités de dictionnaires ou de livres pour enquêter sur les mots, de prendre des notes sur des expressions ou des mots qu’ils rencontrent au détour d’une conversation pour faire ensuite des recherches, la création de ce dictionnaire est l’aboutissement de leur carrière. Heureusement, Araki trouve en la personne de Majimé Mitsuya son digne successeur.

Les mots, et l’esprit qui les fait naître, sont libres, et n’ont rien à voir avec le pouvoir. Et il faut qu’il en soit ainsi. Un navire qui permettra à chacun de naviguer sur l’océan des mots à sa guise, voilà ce que nous essayons de faire avec La Grande Traversée. N’y renonçons jamais.

Majimé Mitsuya est un homme étrange, peu à l’aise avec les autres, mais tout aussi passionné par les mots que les deux hommes avec qui il va travailler. Tout comme eux, il réfléchit à la définition des mots et à leur emploi. Il peut oublier tout ce qui l’entoure lorsqu’il pense à un mot, alors même qu’il était en train de discuter avec quelqu’un. Simple employé dans la maison d’édition, avoir la charge du service des dictionnaires et de l’édification de « La grande traversée » va lui sembler une tâche insurmontable au départ. Mais il est né pour travailler dans les dictionnaires, possédant une fine capacité d’analyse des mots ainsi qu’une bonne réflexion sur la façon de les ranger. En effet, fabriquer un dictionnaire implique plusieurs contraintes. Il y a un nombre de places limitées qui est à définir dès le départ. Ce n’est qu’ensuite que les mots à mettre sont décidés et il faut garder dans son esprit la mise en page pour que tout puisse tenir. Grâce à ce travail et à ses collègues, Majimé va s’épanouir dans sa vie professionnelle. En fera-t-il autant dans sa vie personnelle lorsqu’il tombera amoureux de Hayashi Kaguya, passionnée de cuisine ?

Le service des dictionnaires est constitué d’un petit effectif. Majimé travaille avec Mme Sasaki et Masashi Nishioka. La première est une femme discrète et efficace, chargée essentiellement de l’organisation des documents. Le troisième chapitre est consacré au second. Sérieux dans son travail, il a une posture un peu désinvolte. Il n’est pas comme ses supérieurs, passionné par son travail, mais il l’effectue tout de même correctement. Masashi s’amuse souvent aux dépends de Majimé mais ils finissent par développer une relation professionnelle cordiale voire amicale.

Le quatrième chapitre se déroule quinze ans plus tard. Majimé travaille seul avec Mme Sasaki depuis quelques années. Le projet « La grande traversée » a été retardé puisque d’autres dictionnaires ont dû être parus avant. En effet, la maison d’édition prend beaucoup de risques en publiant un dictionnaire. C’est un lourd investissement, tant financier que chronophage. Elle préfère donc miser sur des valeurs sures notamment en révisant et republiant d’anciens dictionnaires, destinés aux collégiens ou aux lycéens par exemple. En effet, un dictionnaire demande un long travail mais dès qu’il est publié, il peut à nouveau être révisé. C’est une tâche sans fin. Kishibé Midorai sera affectée au service des dictionnaires peu de temps avant la parution de « La grande traversée ». D’abord mal à l’aise dans ce nouvel environnement qui est à l’opposé de ce qu’elle a connu, elle finira par s’intégrer et apprécier son travail. Tout comme ses collègues, elle sera heureuse de participer à la grande aventure qu’est l’élaboration de ce dictionnaire.

Les mots sont indispensables à la création, pensa Kishibé, qui s’imagina soudain la mer qui recouvrait la Terre avant que la vie ne s’y installe, un liquide trouble, épais, visqueux. Cette mer, chaque individu la portait en lui. Et la vie ne naissait qu’après que la foudre des mots avait frappé la Terre. Tout comme l’amour et les sentiments, grâce aux mots qui lui donnaient une forme et la faisaient émerger.

Le dernier chapitre est consacré à la conception finale de « La grande traversée ». Choisir les mots et les définitions, contacter les contributeurs, retravailler leur texte pour tout ce qui est du fond, mais il faut aussi penser à la forme. Cela signifie la police des caractères et leur taille, la disposition des articles et des illustrations, mais aussi le choix du papier. Et quand tout cela est en place, il faut tout relire, encore et encore. Pour cette tâche fastidieuse, l’équipe est secondée par une cinquantaines d’étudiants. La période de bouclage est stressante pour tous mais quelle joie de voir enfin le dictionnaire publié !

J’ai adoré apprendre plein de détails sur la fabrication d’un dictionnaire notamment au Japon car la procédure est différente selon les pays (financé par le gouvernement ou par les maisons d’édition). La traduction est impeccable et les mots japonais sont romanisés. Ils sont peu nombreux mais présents puisque les personnes se questionnent sur des mots ou des expressions, et certains n’ont pas forcément d’équivalence en français.

En résumé :

J’ai beaucoup apprécié de découvrir l’élaboration de ce dictionnaire aux côtés de ses personnages attachants. Le récit est parfaitement construit et joliment raconté et il plaira à tout amoureux des mots.