« Ouf, ce n’était qu’un mauvais rêve ! »

Baku le mangeur de rêves de Fabien Doulut

bakouvEditions Picquier Jeunesse – 16 €
40 pages – Octobre 2016

L’auteur :

Fabien Doulut dessine ses œuvres au crayon, plus ou moins gras en fonction de l’intensité voulue, et à la graphite aquarellable. Une fois les images numérisées, il les corrige et les colorise en infographie.

Synopsis :

Baku le mangeur de rêves possède le corps d’un ours, la trompe d’un éléphant, les yeux d’un rhinocéros, la queue d’une vache, les pattes d’un tigre.
C’est un des plus terribles yokaï, ces créatures fantastiques de la tradition japonaise.
Si tu ne veux plus jamais faire de cauchemars, écoute l’histoire de Toyo le petit orphelin qui réussit à apprivoiser Baku le mangeur de rêves.

Avis personnel :

Je regarde assez régulièrement les sorties des éditions Picquier, maison spécialisée dans la littérature asiatique, mais j’avais raté la sortie de cet album jeunesse que j’ai toutefois pu lire grâce à la masse critique de Babelio.

L’histoire de cet album explore la limite entre rêve et réalité. Toyo fait des cauchemars et ne peut dormir à cause d’eux comme de nombreux habitants de son lieu d’habitation. Divers yokaï peuplent leurs rêves, la plupart très effrayants. Toyo se montre courageux et part à la recherche de Baku, ce yokaï qui aspire les cauchemars. Il espère ainsi rétablir les nuits de sommeil pour tous.

Je le donne à Baku. Je le donne à Baku. Je le donne à Baku. Et souffle trois fois…

Le folklore japonais est abordé à travers les yeux d’un petit garçon chétif et sensible mais aussi persévérant. C’est une histoire simple et poétique, dans laquelle le lecteur s’immerge facilement. Il est à regretter un manque d’informations dans l’histoire sur les yokaï dont Baku mais le récit est surtout centré sur l’aventure – le rêve ? – d’un petit garçon.

Les illustrations accompagnent à merveille le texte de l’album. Dans des tons rouges-orangés, elles rappellent le crépuscule. Les yokai peuvent faire peur sauf Baku qui possède des traits doux. Les illustrations fourmillent de détails et prennent des pages entières. Elles correspondent au texte tout en ajoutant parfois quelques détails humoristiques. La couverture est superbe et concorde parfaitement avec l’album.

Pour consulter quelques pages, c’est sur le blog de l’auteur.

En résumé :

Un bel album sur l’aventure d’un petit garçon dans un univers onirique japonais.

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« Respecter sa peur, dialoguer avec elle, peu à peu l’amadouer, apprendre à la connaître pour l’apprivoiser. »

Ciel d’acier de Michel Moutot

cieldacierEditions Points – 440 Pages
Publié en avril 2016 – 7,95 €

Quatrième de couverture :

Chalumeau en main, John LaLiberté, ironworker comme ses ancêtres, sectionne l’acier à la recherche de survivants. Les Twin Towers viennent de s’effondrer sous ses yeux. Depuis le premier rivet porté au rouge dans un brasero, jusqu’à la construction de la Liberty Tower, six générations de Mohawks ont bâti l’Amérique. La légende dit qu’ils n’ont pas le vertige. Peut-on apprendre à maîtriser sa peur ?

Avis personnel :

Le livre s’ouvre sur les tours jumelles du World Trade Center qui se sont effondrées. John LaLiberté, un indien Mohawk, est ironworker ou « monteur d’acier ». Lorsqu’il voit la catastrophe arriver, il comprend que son aide sera requise. En effet, pour que les pompiers et policiers puissent se frayer un chemin pour trouver des victimes, il va falloir déblayer les décombres et seuls ceux qui construisent ces immeubles peuvent le faire. Le voilà sur un chantier phénoménal. Le désespoir et l’acharnement des premières semaines laissent place à une action pesante durant des mois. Lorsque plus personne ne peut être trouvé, il faut tout de même tout évacuer pour espérer retrouver le moindre indice sur les personnes présentes durant l’attentat.

Pour nous les monteurs d’acier indiens, ces gratte-ciel seront nos pyramides d’Égypte, notre Empire State Building, nos chefs d’œuvre. Nos pères, nos grands-pères, et leurs ancêtres avant eux ont bâti les ponts, les villes, les monuments de l’Homme blanc. Les passerelles, les montagnes de fer, les cités de l’Amérique. Avant l’invasion de nos terres, nous étions des charpentiers, des bâtisseurs de longues maisons. Quand les anciens ont compris qu’ils ne pourraient pas vaincre les envahisseurs venus de l’Est, ils ont gagné par leur travail, leur sueur, leur courage et leur sang leur place dans ce nouveau monde. Nous en sommes fiers. Nous n’avons que faire de leur sentiment de culpabilité qu’ils rachètent par des allocations, des détaxes sur les cigarettes ou des licences pour l’ouverture de casinos. Un ironworker ne vit pas de charité. Quand j’avance sur la poutre, au dessus de Manhattan, quand j’assemble a la main les pièces de leurs cathédrales d’acier, je ne suis pas dans leur univers mais dans le mien. Je marche où personne n’a marché avant moi. Dans le ciel. Avec les aigles.

Le roman alterne les époques. Depuis des générations, les ironworkers construisent les immenses grattes-ciels ou ponts parcourant l’Amérique. A l’arrivée des blancs sur le nouveau continent, les Mohawks sont tout d’abord embauchés pour naviguer sur les fleuves du Canada. Puis ils commencent à aider à construire des ouvrages de grande envergure. Ils s’avèrent très adroits sur des poutres et sont réputés pour ne pas avoir le vertige. Apprenant vite et bien, de nombreuses familles se mettent à travailler dans la construction. Quand l’Amérique se modernise, les grattes-ciels commencent à s’élever et les ironworkers sont les premiers à participer. De la fin du XIXème siècle, en passant par les années 60 pour arriver aux années 2000, une génération d’ironworkers est explorée à travers la famille LaLiberté.

Les us et coutumes des Mohawks comme le quotidien d’un ironworker sont parfaitement décrits. La narration est réaliste tout en pouvant se montrer poignante par moments. Ciel d’acier est un roman captivant.

En résumé :

Ciel d’acier est un roman passionnant explorant une génération de Mohawks.

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« J’aimerais follement savoir quel goût ça a, le chat ! »

Le tigre et le chat de Eitaro Oshima

tigrechatEditions l’école des loisirs – 13,70 €
34 pages – Mai 2011
Titre original : Mukashi Mukashi Tora To Neko Wa
Traduit du japonais par Nadia Porcar

Synopsis :

Pourquoi les tigres ne savent-ils pas grimper aux arbres ? Pourquoi les tigres et les chats ne s’aiment-ils pas ? Pourquoi les chats préfèrent-ils vivre parmi les hommes plutôt qu’au fin fond des forêts ? Tout cela, et bien d’autres choses encore, vous l’apprendrez dans ce conte traditionnel venu de Chine.
Il était une fois, dans la montagne, un grand tigre bêta et maladroit qui ne savait pas chasser et un petit chat agile, habile, qui capturait beaucoup de gibier. Un beau jour, le tigre alla trouver le chat…

Avis personnel :

Cet album est adapté d’un conte traditionnel chinois. Les deux protagonistes sont des animaux humanisés pour les rendre plus facilement identifiables. Le tigre est un peu bête et il ne sait pas chasser. Au contraire, le chat est un expert dans ce domaine. Le tigre va alors lui demander son aide pour apprendre à devenir un chasseur efficace comme lui. Bien qu’un peu ennuyé par cette demande, le chat accepte de l’aider. Commencer alors un long apprentissage qui nécessitera beaucoup de courage et d’efforts. Si l’album en était resté là, il aurait été seulement axé sur la valeur de l’effort dans l’apprentissage et que si l’on s’entraîne durement, on peut atteindre son objectif. Après cet entraînement intensif, le tigre est devenu un bon chasseur puisque le chat lui a appris toutes ses techniques. Il veut alors le manger mais le chat est plus malin que lui et avait prévu une échappatoire. L’album met alors en avant la ruse.

Le tigre apparaît comme un rustre un peu balourd notamment dans son expression. Il se pense supérieur aux autres et tutoie son maître. Au contraire, le chat fait preuve de respect envers son élève car il le vouvoie. Cela est montré dans la traduction par le tutoiement/vouvoiement alors que le japonais possède plusieurs niveaux de langue. Je ne sais pas quels niveaux sont utilisés dans la version originale mais il est à supposer que la différence est aussi marquée.

Les illustrations sont très belles. Les animaux sont très réalistes et les postures tant animales qu’humaines bien réalisées. Les vêtements semblent toutefois un peu étranges sur eux. Les couleurs sont dans l’ensemble plutôt chaleureuses avec un ton d’ensemble ocre rougeâtre. Les arrières plans sont simples pour mettre en évidence les protagonistes.

En résumé :

Un très bel album tant par son histoire que par ses illustrations.

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« Le ruisseau impossible était toujours là, bien sûr, dans la clairière inchangée. »

L’autre herbier de Nicolas et Amandine Labarre

AUTREHERBIERCOUVEditions Les moutons électriques – 112 Pages
Ouvrage relié – 21 cm × 26 cm
Publié le 4 novembre 2016 – 19 €

Quatrième de couverture :

Valentine s’ennuie, comme on peut s’ennuyer, bloquée en été avec ses parents sans ami ni téléphone. Elle a bien trouvé cet herbier et cette carte, près de la maison en rénovation, mais les herbes et les chemins qui s’y trouvent ne mènent nulle part, n’existent sans doute même pas.

Valentine va pourtant suivre ces sentiers qui ne peuvent se trouver là, passer de l’autre côté de cette rivière impossible, malgré les ombres entraperçues. Elle va y découvrir une forêt, infinie et sublime, que parcourent d’un pas lent des géants végétaux. Derrière elle, le chemin du retour disparaît déjà. Les feilges pourront-ils l’aider à repartir ?

Avis personnel :

L’autre herbier est tout d’abord un très bel objet. Le livre est en grand format, il présente une couverture reliée et une jaquette. La couverture est simple, de couleur foncée, ne présentant que le titre sur le recto et la feuille d’un arbre sur le verso. Le livre ressemble à celui qu’on pourrait trouver dans une vieille malle au grenier, renfermant milles trésors. La jaquette est très colorée avec une illustration de l’histoire et des feuilles aux couleurs automnales. L’intérieur du livre est tout aussi beau avec une impression de qualité sur du papier satiné tant pour le texte que pour les illustrations réalisées au crayon sépia. On pourra toutefois regretter quelques malheureuses coquilles (dont une erreur de prénom !).

Le livre présente un long texte découpé en chapitres successifs avec seulement un léger blanc pour les séparer. Les illustrations accompagnent le récit et se découvrent au détour d’une page. Il est difficile de qualifier le type du livre, un roman illustré peut-être ? Quoiqu’il en soit, le récit emporte le lecteur dans un monde merveilleux. La narration est très descriptive et poétique bien que pouvant être trop ardue pour de jeunes lecteurs. Quelques longueurs peuvent être notées mais l’émerveillent reprend vite le dessus.

Quand elle était plus petite, elle voyait des cartes sur le pare-brise quand il pleuvait lors des trajets en voiture. La géographie des gouttes brillantes lui promettait des paysages inédits, des lieux inconnus ou des trésors. Puis un coup d’essuie-glace balayait le tout, et elle regardait un nouveau monde éphémère se constituer, disparaître, être oublié. Parfois, elle saisissait des paysages d’une si grande beauté qu’elle pleurait silencieusement en les voyant s’effacer. Elle s’efforçait de les mémoriser, d’en conserver ne serait-ce qu’un fragment, mais le spectacle continuait, et d’autres merveilles insaisissables venaient prendre le relais un instant des splendeurs perdues.

Il ne faut pas chercher à comprendre l’origine ou la réalité de l’endroit où Valentine est emportée. Rien ne sera expliqué. Il faut plutôt profiter des créatures merveilleuses et des lois de ce monde qu’elle découvre. Le récit est une vraie ode à la nature, qu’elle soit imaginaire ou non. Toutefois, tout n’est pas qu’émerveillement. Valentine est une pré-adolescente qui se retrouve dans un lieu inconnu. Affrontant ses peurs, elle cherche à rentrer chez elle. Le découragement la gagne souvent mais elle n’est pas prête à renoncer. Malgré un accueil chaleureux par les feilges, ce n’est pas chez elle. Le thème du passage à l’âge adulte reste toutefois en filigrane.

En résumé :

L’autre herbier est un très beau livre, avec un récit captivant accompagné par de magnifiques illustrations.

Bonus : Quelques pages du livre.

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