Bilans

Mai 2019


En mai, j’ai lu 6 livres et 66 chapitres de BD asiatiques : 1 beau-livre, 1 roman, 1 manga, 1 manwha, 2 albums ainsi que 66 chapitres de webtoon.

LIVRES LUS :

WEBTOONS

Des strips drôles à lire :

  • My giant nerd boyfriend de Fishball [13 chapitres]
  • Just for kicks de Josie Fox [5 chapitres]
  • The Beehive de Lollibeepop [3 chapitres]
  • Murrz de Murrz [13 chapitres]
  • Budgie’s Life de Muffin Girl [12 chapitres]
  • IT Guy & ART Girl de Bonnie Pang [3 chapitres]

Des histoires très plaisantes à suivre :

  • Soara Academy de Muffin Girl [2 chapitres]
  • Age Matters de Enjelicious [5 chapitres]
  • Let’s Play de Mongie [1 chapitre]
  • Miss Abbott and the Doctor de Maripaz Villar [4 chapitres]
  • True Beauty de Yaongyi [5 chapitres]

LIVRES

L’heure du bentô de Naomi et Satoru Abe [Beau-livre] [Chronique à venir]

Ce très beau livre montre les bentôs de plusieurs individus et leur permet de raconter leur histoire. Les témoignages sont ainsi très intimes et émouvants.

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Les Marvels de Brian Selznick [Roman]

Après L’invention de Hugo Cabret et Black Out, je découvre avec plaisir le dernier roman graphique de Brian Selznick. Dans la première partie tout en images, l’histoire commence en 1766 à bord du Kraken où se joue une pièce de théâtre. Le lecteur suit alors la vie d’une grande famille de comédiens, les Marvels, de génération en génération jusqu’en 1900 où leur théâtre est en feu. Presque un siècle plus tard, en 1990, le récit en mots s’intéresse cette fois-ci à Joseph qui s’est enfui de son pensionnat. Il arrive à Londres chez son oncle qui habite dans une maison semblant figée au siècle dernier et qui recèle de nombreux secrets relatifs aux Marvels. Joseph est bien terminé à les percer et à découvrir la vérité. Lorsqu’il la découvre, le dessin est de retour pour terminer l’histoire. J’ai beaucoup apprécié cette histoire et j’ai été surprise par les révélations. L’auteur s’est inspiré d’une maison transformée en musée créée par Dennis Severs à Londres. Quelques informations en fin de livre éclairent le travail de création de l’auteur. Brian Selznick nous fait à nouveau rêver dans cet ouvrage plein de magie tout en mettant en avant la place que l’on se construit dans une famille.

Errance de Inio Asano [Manga] [Chronique]

Inio Asano décrit de manière percutante les travers de la société japonaise à travers le questionnement du métier de mangaka. Dommage que son personnage principal soit si antipathique puisque cela a gêné ma lecture.

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Toi grand et moi petit de Grégoire Solotareff [Album]

Un roi lion, ni grand ni petit, recueille un petit éléphant orphelin dans son palais. Leurs premiers échanges ne sont pas très cordiaux mais de l’amitié finit par s’instaurer entre eux. Cependant l’éléphant grandit et le lion n’en est pas très heureux. Ils finissent pas se séparer mais aucun n’oublie l’autre. Les notions de taille et d’âge en amitié sont le thème de ce chouette album.

Les mauvaises herbes de Keum Suk Gendry-Kim [Manwha]

En partageant le témoignage de Lee Oksun, une esclave sexuelle lors de la guerre du Pacifique, Keum Suk Gendry-Kim participe au devoir de mémoire de toutes ces femmes exploitées. En presque 480 pages, l’autrice retrace le parcours de cette femme courageuse, vendue alors qu’elle n’était qu’une enfant et qui a connu de nombreuses privations avant d’être mise à disposition des soldats japonais alors qu’elle n’avait même pas 16 ans. Le récit est fort et éprouvant tout comme les illustrations. Celles-ci sont simples pour se concentrer uniquement sur l’histoire. Les personnages coréens sont dessinés finement et tranchent avec les paysages, notamment les plantes, réalisés de manière bien plus dense. Les soldats japonais sont représentés de façon plus abstraite, avec beaucoup de noir. Ils sont sans trait reconnaissable, se valant tous. La violence n’est jamais réellement montrée mais elle est suggérée de façon très forte qu’elle a encore plus d’impact. Comme cette double-page de douze cases noires lorsque Oksun est violée pour la première fois. L’autrice raconte cet événement historique en prenant le point de vue d’une femme et de sa classe sociale, en rendant hommage à toutes ces femmes, qui bien qu’elles aient été piétinées comme les mauvaises herbes, finissent toujours par se redresser.

Petit éléphant a un ami ! de Jeanne Ashbé [Album]

Bien que différents, Petit éléphant et Tigre partagent une jolie amitié. Ils passent une journée et une nuit ensemble, à s’amuser même si des concessions doivent être faites de chaque côté. J’ai particulièrement aimé la mis en scène des illustrations avec aussi quelques détails cachés.

ACQUISITIONS ET PAL :

+ 7 / – 4

Que des mangas avec des suites de séries, un oneshot et une série complète.

Mangas, Manwhas, etc

Errance de Inio Asano

Titre original : Reiraku – 零落
Oneshot – 15 mars 2019
Editions Kana – Seinen
Editeur VO : Shôgakukan
Traduction de Thibaud Esbief

Présentation de l’éditeur :

Le mangaka Kaoru Fukazawa vient de terminer un manga qui a eu son petit succès et qui lui a demandé beaucoup d’énergie. Mais voilà qu’il sombre dans le doute et l’incertitude ! Qu’a-t-il envie de dessiner à présent !? Doit-il choisir de se lancer dans un manga qui va se vendre, ce que son éditeur le pousse à faire, ou dans un projet plus personnel qui lui tient à cœur ?
Mais, au fond, a-t-il encore vraiment quelque chose à dire par le biais de ses mangas !? Voici un récit qui illustre une crise existentielle, qui questionne chacun sur le sens qu’on donne à son existence et où se devinent, en filigrane, les interrogations d’Inio Asano face à son propre travail de création. Bouleversant et passionnant !

Avis personnel :

Cela faisait un petit moment que je voulais découvrir le travail du mangaka Inio Asano, notamment Solanin. J’ai profité de la sortie récente de ce oneshot pour le faire puisque le sujet m’intéressait. Dans Errance, un auteur de manga s’interroge sur son devenir et les raisons qui le font créer une histoire.

Le livre est un très bel objet publié dans la collection « Made In » de Kana. Avec un format de 14×21 cm, une couverture épaisse et un papier de qualité, il est très agréable à lire mais il pèse toutefois son poids. L’impression est tout aussi qualitative, j’ai notamment apprécié les six premières pages en couleur sur papier glacé. La couverture m’a tout de suite attirée avec ces taches de lumière ressortant sur fond noir. Il s’agit d’un paysage de route en ville, la nuit, où beaucoup de lumières sont discernables mais en cacophonie par leur trop grande et forte présence. Elles apparaissent donc floues. Un bandeau en noir, rouge et blanc présente le protagoniste et le synopsis du manga.

J’ai particulièrement apprécié le style graphique de l’auteur. Les paysages et décors sont extrêmement travaillés, avec une précision dans le moindre détail. Les personnages sont aussi très réalistes, avec des identités propres à chacun. L’expressivité est fine, leurs émotions se lisent clairement sur leur visage.

L’histoire m’a toutefois moins convaincue. Kaoru Fukuzawa est un mangaka populaire dont la série phare vient de se terminer. Il s’est donné à fond pendant des années dans son travail mais maintenant que son manga est terminé, il ne sait pas comment envisager la suite. Il est complètement désabusé, il ne sait pas ce qu’il veut dessiner comme prochaine série et il n’éprouve que du dédain pour les mangas populaires qui ne racontent rien d’essentiel. Sa crise existentielle se prolonge aussi dans sa vie personnelle. Ne créant rien, il passe son temps libre avec des prostituées. Marié à une éditrice qui comme lui ne vit que pour son travail, il demande le divorce. Si l’intrigue est intéressante, le protagoniste est détestable et ses actions m’ont beaucoup dérangée lors de la lecture, jusqu’à son apogée lorsqu’il tente de violer sa femme. Toute personne peut être en proie au doute et la remise en question de Kaoru est bien traitée. Autrefois passionné par son métier, il pose aujourd’hui un regard cynique sur le manga. Cela ne serait pas un problème si Kaoru n’était pas si imbu de sa personne dès les premières pages.

La liberté n’est pas un but à atteindre, c’est un moyen.

Kaoru est en quête d’une liberté qu’il pensait acquérir en s’épuisant dans son travail mais il réalise que ce n’était en fait qu’une illusion. Le portrait qui est dressé de lui est fait de manière réaliste. Si Kaoru m’a semblé antipathique, car il est égoïste et ne se remet jamais en question, ses observations ne sont pas dénuées de véracité. Le dénouement est un peu flou, évoquant peut-être une ouverte positive mais rien n’est moins sûr. Le ton de l’œuvre en général est donc plutôt sombre avec un discours sur la société tout aussi noir.

En résumé :

Inio Asano décrit de manière percutante les travers de la société japonaise à travers le questionnement du métier de mangaka. Dommage que son personnage principal soit si antipathique puisque cela a gêné ma lecture. Cependant, cela ne m’empêchera de repenser à cette histoire.