Contemporain

La grande traversée de Shion Miura

Titre original : Fune wo amu
Éditions Actes Sud – 22 €
288 pages – Février 2019
Traduction du japonais de Sophie Refle

Présentation de l’éditeur :

Majimé, jeune employé d’une maison d’édition, se voit confier la réalisation d’un nouveau dictionnaire du japonais, un projet titanesque baptisé La Grande Traversée. L’un des premiers termes sur lesquels il est amené à travailler n’est autre que le mot “amour”. Mais comment définir ce dont on n’a pas fait l’expérience ? À vingt-sept ans, aussi maladroit avec les gens qu’il est habile avec les mots, Majimé n’a jamais eu de petite amie. Quand il rencontre la petite-fille de sa logeuse, il tombe immédiatement sous le charme. Passionnée de cuisine et apprentie-chef, la jeune femme travaille la matière de ses ingrédients comme lui celle des mots, dans le même but : tenter de les fixer en un moment d’éphémère perfection. Cette fois-ci, Majimé entend bien ne pas laisser passer sa chance. Aidé par ses nouveaux collègues, il va tout faire pour vaincre sa timidité et ouvrir son cœur à celle dont il s’est éperdument amouraché, tout en se consacrant corps et âme à sa mission première : éditer le plus grand dictionnaire de tous les temps.
Amour, gastronomie et lexicographie : tels sont les ingrédients de ce roman léger et attachant, devenu un véritable phénomène éditorial au Japon, où il s’est vendu à 1 300 000 exemplaires.

Avis personnel :

La grande traversée, c’est le récit de la création d’un dictionnaire. Son élaboration prendra plusieurs années pour voir le jour et sera le projet de vie de plusieurs de ses rédacteurs et éditeurs. Le roman est construit en cinq chapitres de longueur variée, se centrant tous sur un des personnages principaux, tout en marquant l’avancement dans la conception du dictionnaire.

Dans le premier chapitre, nous découvrons Araki Kôhei. Il a consacré sa vie aux dictionnaires, travaillant depuis de nombreux années pour la maison d’édition Genbu Shobô dans le secteur des dictionnaires. Il doit désormais partir à la retraite pour s’occuper de son épouse malade alors que le grand projet « La grande traversée » n’en est qu’à ses balbutiements. Il a fabriqué de nombreux dictionnaires avec le professeur Matsumoto qui prend lui aussi part à la création de « La grande traversée ». Pour ces deux hommes passionnés par les mots, au point d’acheter quantités de dictionnaires ou de livres pour enquêter sur les mots, de prendre des notes sur des expressions ou des mots qu’ils rencontrent au détour d’une conversation pour faire ensuite des recherches, la création de ce dictionnaire est l’aboutissement de leur carrière. Heureusement, Araki trouve en la personne de Majimé Mitsuya son digne successeur.

Les mots, et l’esprit qui les fait naître, sont libres, et n’ont rien à voir avec le pouvoir. Et il faut qu’il en soit ainsi. Un navire qui permettra à chacun de naviguer sur l’océan des mots à sa guise, voilà ce que nous essayons de faire avec La Grande Traversée. N’y renonçons jamais.

Majimé Mitsuya est un homme étrange, peu à l’aise avec les autres, mais tout aussi passionné par les mots que les deux hommes avec qui il va travailler. Tout comme eux, il réfléchit à la définition des mots et à leur emploi. Il peut oublier tout ce qui l’entoure lorsqu’il pense à un mot, alors même qu’il était en train de discuter avec quelqu’un. Simple employé dans la maison d’édition, avoir la charge du service des dictionnaires et de l’édification de « La grande traversée » va lui sembler une tâche insurmontable au départ. Mais il est né pour travailler dans les dictionnaires, possédant une fine capacité d’analyse des mots ainsi qu’une bonne réflexion sur la façon de les ranger. En effet, fabriquer un dictionnaire implique plusieurs contraintes. Il y a un nombre de places limitées qui est à définir dès le départ. Ce n’est qu’ensuite que les mots à mettre sont décidés et il faut garder dans son esprit la mise en page pour que tout puisse tenir. Grâce à ce travail et à ses collègues, Majimé va s’épanouir dans sa vie professionnelle. En fera-t-il autant dans sa vie personnelle lorsqu’il tombera amoureux de Hayashi Kaguya, passionnée de cuisine ?

Le service des dictionnaires est constitué d’un petit effectif. Majimé travaille avec Mme Sasaki et Masashi Nishioka. La première est une femme discrète et efficace, chargée essentiellement de l’organisation des documents. Le troisième chapitre est consacré au second. Sérieux dans son travail, il a une posture un peu désinvolte. Il n’est pas comme ses supérieurs, passionné par son travail, mais il l’effectue tout de même correctement. Masashi s’amuse souvent aux dépends de Majimé mais ils finissent par développer une relation professionnelle cordiale voire amicale.

Le quatrième chapitre se déroule quinze ans plus tard. Majimé travaille seul avec Mme Sasaki depuis quelques années. Le projet « La grande traversée » a été retardé puisque d’autres dictionnaires ont dû être parus avant. En effet, la maison d’édition prend beaucoup de risques en publiant un dictionnaire. C’est un lourd investissement, tant financier que chronophage. Elle préfère donc miser sur des valeurs sures notamment en révisant et republiant d’anciens dictionnaires, destinés aux collégiens ou aux lycéens par exemple. En effet, un dictionnaire demande un long travail mais dès qu’il est publié, il peut à nouveau être révisé. C’est une tâche sans fin. Kishibé Midorai sera affectée au service des dictionnaires peu de temps avant la parution de « La grande traversée ». D’abord mal à l’aise dans ce nouvel environnement qui est à l’opposé de ce qu’elle a connu, elle finira par s’intégrer et apprécier son travail. Tout comme ses collègues, elle sera heureuse de participer à la grande aventure qu’est l’élaboration de ce dictionnaire.

Les mots sont indispensables à la création, pensa Kishibé, qui s’imagina soudain la mer qui recouvrait la Terre avant que la vie ne s’y installe, un liquide trouble, épais, visqueux. Cette mer, chaque individu la portait en lui. Et la vie ne naissait qu’après que la foudre des mots avait frappé la Terre. Tout comme l’amour et les sentiments, grâce aux mots qui lui donnaient une forme et la faisaient émerger.

Le dernier chapitre est consacré à la conception finale de « La grande traversée ». Choisir les mots et les définitions, contacter les contributeurs, retravailler leur texte pour tout ce qui est du fond, mais il faut aussi penser à la forme. Cela signifie la police des caractères et leur taille, la disposition des articles et des illustrations, mais aussi le choix du papier. Et quand tout cela est en place, il faut tout relire, encore et encore. Pour cette tâche fastidieuse, l’équipe est secondée par une cinquantaines d’étudiants. La période de bouclage est stressante pour tous mais quelle joie de voir enfin le dictionnaire publié !

J’ai adoré apprendre plein de détails sur la fabrication d’un dictionnaire notamment au Japon car la procédure est différente selon les pays (financé par le gouvernement ou par les maisons d’édition). La traduction est impeccable et les mots japonais sont romanisés. Ils sont peu nombreux mais présents puisque les personnes se questionnent sur des mots ou des expressions, et certains n’ont pas forcément d’équivalence en français.

En résumé :

J’ai beaucoup apprécié de découvrir l’élaboration de ce dictionnaire aux côtés de ses personnages attachants. Le récit est parfaitement construit et joliment raconté et il plaira à tout amoureux des mots.

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2 réflexions au sujet de “La grande traversée de Shion Miura”

  1. J’ai été intriguée par ton article quand j’ai vu le titre original du roman, parce que j’ai repéré un anime qui a ce nom et du coup il s’agit bien d’une adaptation ! Et il y a aussi eu un film avec un casting vachement intéressant ! Est-ce que tu as vu/comptes voir ces adaptations du coup ? Moi du coup je sais plus par où commencer car quel que soit le support mes listes sont longues 😀

    1. Oui, j’ai vu qu’il avait été adapté en faisant des recherches pour l’article. Quand j’ai voulu les ajouter à ma liste à voir, ils y étaient déjà. XD Du coup, je les ai mis en priorité haute. ^^
      Je pense que l’anime et le livre apportent plus de matière que le film mais il me tente bien aussi. Pour ma part, je pense me pencher vers lui en premier. Mais pour commencer, je ne sais pas ! Peut-être un premier aperçu avec le film et après tu tentes le livre ? Ou le livre, et une des deux adaptations après ? ^^

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