« Le problème du divorce n’est pas un problème privé [mais] un problème social et politique. »

Des amis de BAEK Nam-Ryong

Ils ont des familles ou vivent dans une famille. Aucun ne vit sans famille. Une famille où règne l’amour est un monde beau où grandit l’avenir.

desamisEditions Actes Sud – 245 pages
Novembre 2013 – 21,80€
Traduction de Patrick Maurus et Yang Jung-Hee

Quatrième de couverture :

Première traduction en France d’un roman venu de la République populaire démocratique de Corée (du Nord), ce livre nous invite à partager les investigations d’un magistrat qu’une femme a saisi d’une demande de divorce – et qui se trouve donc confronté à un dysfonctionnement social. Là-bas, en effet, les affaires privées engagent l’intérêt public. Et en l’occurrence, la requête est rendue particulièrement délicate par les professions respectives des époux : la demanderesse est cantatrice, et elle se plaint de l’incompréhension “culturelle” de son mari – qui est ouvrier. L’enquête menée par le juge dans l’entourage du couple va donc prendre rapidement un tour quasi politique…
Lucide et plein d’humour, ce texte offre une vision en prisme d’un pays dont la réalité nous est complètement méconnue. Il met à mal nos préjugés, et révèle le talent littéraire de Baek Nam-Ryong, issu de la classe ouvrière et devenu un écrivain à succès, qui ne se prive pas d’exercer ici son pouvoir critique, tout en conférant à son art une exigence de probité… œuvrant ainsi, de façon très personnelle, pour le bien commun.

Avis personnel :

La préface, un brin moralisatrice, présente le contenu de ce livre. Premier roman nord-coréen traduit en France, Des amis n’échappe pas à une certaine propagande mais c’est aussi une histoire à part entière. Les valeurs du régime communiste sont soulignées : le travail de l’ouvrier à l’usine est à la base de la société, la cellule familiale est la base-même de la société et le bien de la nation passe avant le bonheur individuel. Ou plutôt ce dernier se construit grâce à elle. Si la société dans son ensemble va bien, l’homme ne peut être que heureux. L’idéologie de la Corée du Nord est présenté sans être prégnante, le nom du leader actuel n’est par exemple jamais cité.Toutefois, on ne peut l’oublier comme en témoigne certaines paroles.

Elle avait perdu ses parents dans un bombardement des salauds américains.

Chai Soon-Hwi, cantatrice, demande le divorce. Elle a bien conscience de troubler l’ordre public mais elle ne peut plus supporter sa situation personnelle. Elle ne peut pas continuer à vivre avec son mari ouvrier, Ri Sok-Chun, qui ne la comprend pas. Leur problème est examiné par le juge Jong Jin-Woo qui décidera d’accorder ou non le divorce.

Le problème du divorce n’est pas un problème privé, ni un problème administratif qui se résumerait à rompre ou non les relations entre époux. C’est un problème social et politique qui réside dans le destin de la famille en tant que cellule de la société, et dans la solidité de la grande famille de la société. C’est pour cela que notre tribunal le traite avec sérieux.
– Camarade juge, je connais bien la supériorité de notre code.

Le juge est le véritable héros de ce roman. Il enquête sur la situation de Chai Soon-Hwi et de son époux. Il recueille leur ressenti ainsi que les témoignages des personnages qui les connaissent. Soon-Hwi était ouvrière tout comme son mari. Mais grâce à ses talents de chant, elle est devenue cantatrice et est reconnue en tant que telle. Elle a peu à peu oublié d’où elle venait. Son mari est bien décidé à ne pas changer. Tourneur, il aime son métier et ne souhaite pas se former. La reconnaissance n’est pas son but, il veut juste servir la nation.

Le juge s’immisce entièrement dans leur vie, leur procurant conseils et leçons de morale. Leur situation se projette aussi sur lui et il s’auto-critique. Sa femme n’est pas souvent à la maison, occupée à essayer de faire pousser des légumes dans son village natal, et il doit prendre en charge les tâches ménagères.

Le nuage de malheur que le couple de Sok-Chun avait laissé versait une pluie froide sur le cœur du juge.

Les personnages sont peu nombreux et ils vivent dans un espace assez réduit. Ce sont des gens ordinaires. L’auteur leur donne vie et décrit leur quotidien. La question du divorce n’est pas le point central du roman. Elle sert à lancer l’intrigue et l’introspection des personnages.

J’ai beaucoup apprécié la narration. Elle est très détaillée mais ne se révèle pas ennuyante. Les dialogues sont un peu étranges du fait que le style diffère de celui français. Le roman prône un peu trop les bons sentiments et le communisme mais la lecture reste agréable.

En résumé :

Un roman très intéressant pour découvrir quelques morceaux de vie de nord-coréens. A condition de ne pas oublier la propagande bien qu’elle soit plutôt effacée.

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2 réflexions sur “« Le problème du divorce n’est pas un problème privé [mais] un problème social et politique. »

  1. Passionant tout ça ! C’est assez étonnant que le véritable héro de l’histoire soit le juge ça montre bien que la sphère publique prévaut sur tout , je retiens😉 Merci pour la découverte *.*

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