« Les chauve-souris mangent-elles les chats ? »

Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll

Titre original : Alice’s adventures in Wonderland
Editions Pocket – 126 Pages
Mars 2010 – 1,50 €
Traduction par Jean-Pierre Berman
Couverture de Coliandre

Quatrième de couverture :

Par un jour d’été 1862, sur les berges de la Tamise, un jeune professeur d’Oxford, poète et mathématicien, improvise un conte pour distraire les trois fillettes d’un de ses amis. Charles Dodgson, alias Lewis Carroll, est en train d’improviser Alice au pays des merveilles.
Assise au bord de la rivière, Alice s’ennuyait un peu quand soudain, venu de nulle part, surgit un lapin blanc pressé de regagner son terrier. N’hésitant pas à le suivre, Alice pénètre dans un monde de prodiges et de menaces qui n’est autre que le royaume de l’enfance. Et voici le chat de Cheshire à l’étrange sourire, la terrible Reine de cœur, le Chapelier fou et le Lièvre de Mars, la Fausse Tortue et le Valet-Poisson…
Un siècle et demi plus tard, ce monde enfantin et absurde, surréel et symbolique, est resté le nôtre.

Avis personnel :

Alice au pays des merveilles, c’est pour moi avant tout un univers extraordinaire. J’ai vu il y a très longtemps le film d’animation de Walt Disney et plus récemment le film de Tim Burton. C’est donc une histoire que je connaissais déjà mais seulement par quelques morceaux. J’ai découvert avec plaisir l’histoire originale dans une LC avec Alexandra. Avant de commencer ma chronique, quelques mots sur l’édition Pocket. La couverture est magnifique – signée Xavier Collette, le prix est tout petit et le livre comporte en plus du texte une courte présentation de l’œuvre et une biographie de l’auteur. En ce qui concerne le texte, la traduction me semble plutôt fidèle et Berman a essayé de restituer au mieux les jeux de mots.

Lewis Carroll – de son vrai nom Charles Dodgson – a imaginé ce conte lors d’une promenade en barque. Il se trouvait en compagnie de quelques adultes et de trois petites filles dont Alice Liddell à qui il dédie ce petit livre. Les personnes présentes lors de cette promenade se retrouvent dans le récit à plusieurs reprises. Par exemple, l’auteur y figure sous les traits d’un dodo ce qui s’explique par son bégaiement lorsqu’il se présentait : « Do-Do-Dodgson ».

Les personnages sont nombreux et ne s’intéressent en général qu’à eux-mêmes. Il est plutôt difficile de s’attacher à eux ou de les détester, ce sont des personnages fonctionnels avec un rôle à jouer. Mais à part un réel personnage méchant avec la Reine de Cœur et sa réplique « Qu’on lui coupe la tête ! », les autres personnages sont plutôt neutres. Ils racontent juste leur histoire et ne se préoccupent guère des autres. Ainsi le Chapelier, le Loir et le Lièvre de Mars prennent le thé continuellement, effectuant jour après jour les mêmes actions. J’avais en tête la scène de non-anniversaire de Disney mais soit c’est une invention soit elle est présente dans la suite Through the Looking-Glass, and What Alice Found There. Il y a tout de même un personnage qui m’a marqué : le Chat du Cheshire au sourire si particulier, capable de disparaître et d’apparaître à volonté. Il guide souvent Alice dans cet étrange pays. C’est un personnage à la fois sage et fou et qui semble tout connaître. C’est lui-même qui dit : « Nous sommes tous fous ici. ».

L’héroïne, Alice, est une petite fille rêveuse et qui ne s’étonne de rien même devant les choses les plus extraordinaires (ah la magie de l’enfance !). Plutôt tête en l’air, elle se parle souvent à voix haute lorsqu’elle a des décisions à prendre. Elle tente de se montrer savante mais elle ne l’est pas vraiment. Pas très courageuse, elle pleure pour un rien au début du roman lorsqu’elle est toute seule. Mais au fur et à mesure des rencontres, elle prend de l’assurance quitte à contrarier les autres. Lorsqu’elle juge certaines situations dangereuses, elle n’hésite pas à se défendre (et à réfléchir un peu). Elle se montre aussi raisonnable quand il le faut mais toujours au dernier moment. Parfois polie mais ne respectant pas souvent les convenances, elle se heurte à ce monde inconnu.

Car, voyez-vous, tant de choses insolites s’étaient produites récemment qu’Alice commençait à penser que bien peu de choses en réalité étaient vraiment impossibles.

Malgré la date de l’œuvre (histoire imaginée en 1862), l’écriture n’est pas vieillie. Peut-être est-ce dû à la traduction… Ce conte en 12 chapitres offre un univers loufoque où peu de choses prennent sens. On est tout de suite plongé dans le récit, il n’y a pas d’ajout inutile. On va directeur au cœur des choses à chaque fois. Par contre, il y a beaucoup de récits/d’aventures qui ne se terminent pas (Alice passe subitement à autre chose) et c’est bien regrettable. L’auteur intervient parfois pour s’adresser au lecteur, cela est généralement notifié entre parenthèses. En ce qui concerne les jeux de mots, certains sont bien retranscrits mais ils n’y sont pas tous et d’autres perdent leur saveur. Il y a aussi des titres alambiqués dans la version française comme le chapitre 3 s’intitulant « Une course d’une clique et un conte en forme de queue » alors que la version originale donne « A caucus-race and a long tail ». J’ai aussi particulièrement apprécié toutes les parodies de poèmes populaires ou de textes moralisateurs. D’ailleurs, il ne faut pas s’étonner que les habitants du pays des merveilles connaissent tous ces textes alors que tout est farfelu. Les discours entre les personnages sont excellents et totalement absurdes. Par exemple, dans une discussion entre la Duchesse et Alice, la première pense que « Toute chose a une morale, si seulement on est capable de la trouver. » et en trouve une pour chaque chose qu’Alice dit.

« La morale de tout cela est : « Soyez ce que vous sembleriez être » …ou, si vous vouliez le formuler plus simplement… « Ne vous imaginez jamais ne pas être autrement que ce qu’il pourrait apparaître aux autres que ce que vous fûtes ou auriez pu être, ne serait pas autrement que ce que vous aviez été et leur serait apparu comme étant autrement. » »

Derrière ce texte, on peut lire de nombreuses choses. Deux m’ont particulièrement marquées. Lewis Carroll critique sans aucun doute le système scolaire ou l’apprentissage. Il y a de nombreuses références à l’école entre autre avec les parodies ou lors d’une discussion avec des jeux de mots sur les disciplines scolaires. L’autre élément qui ressort de cette histoire, c’est la question de l’identité. Alice ne sait plus qui elle est.

« Je crains de ne pouvoir expliquer qui je suis en ce moment », répliqua Alice. « Car, voyez-vous, je ne suis pas moi-même. »

Elle s’oppose à des personnages absurdes mais elle ne s’émerveille pas sur ce monde. Elle questionne les autres, elle s’interroge elle-même sur qui elle est réellement. Elle est piégée entre le rêve et la réalité. Le conte se termine un peu précipitamment – comme tout le récit mais n’est-ce pas un rêve ? – mais Alice chérira cette histoire.

« Qui suis-je, alors ? Dites-le moi – d’abord, et ensuite, s’il me plaît d’être cette personne, je remonterai ; sinon je resterai ici jusqu’à ce que je sois quelqu’un d’autre. »

En résumé :

Ce conte offre de belles aventures oniriques et poétiques. Les différents récits sont tous excellents et les situations bien qu’absurdes se savourent.

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Et pour terminer, quelques questions posées par Alexandra même si nous avons discuté de ce petit livre au fur et à mesure.

Qu’évoquait pour toi Alice au pays des merveilles avant cette lecture ?
C’est un univers que j’imaginais comme loufoque, représenté par la boisson « Drink me » et la nourriture « Eat me » et quelques personnages clés : Alice, la Reine de Coeur, le Chat de Cheshire, le Lapin blanc et la Chenille.

De quel personnage t’es-tu sentie le plus proche ?
Aucun. Ce sont des personnages plutôt fonctionnels auxquels il est difficile de s’identifier.

Y a-t-il un moment particulier qui t’a marquée ?
Il y a beaucoup de moments que j’ai apprécié. Pour en citer un, ce serait celui où Alice se retrouve en compagnie du Griffon et de la Tortue-Façon-Tête de Veau (quel nom !). Ils discutent de tout et de rien, s’interrompent sans cesse mais il y a tout de même un récit. Il y a aussi des poèmes parodiés et la critique de l’enseignement avec les mots modifiés (reeling and writhing pour reading and writing par exemple).

Quel est l’enseignement (c’est-à-dire l’aspect « moral ») qui t’a le plus touchée ?
Le rêve est un monde à part, sans règle, où l’on vit des aventures sans fin.

Quelle serait une de tes citations préférées (elle peut t’avoir fait rire, pleurer ou elle peut t’avoir ému) ?
J’ai particulièrement aimé toutes les citations portant sur le questionnement de soi, sur son identité et elles sont bien nombreuses. J’ai aussi apprécié tous les jeux de mots et les situations absurdes dont celle du titre de ce billet.

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23 réflexions sur “« Les chauve-souris mangent-elles les chats ? »

  1. Qu’est-ce que j’aime cet auteur, son univers et Alice. Beaucoup la trouve terriblement exaspérante, mais finalement pour moi, ça ne gâche pas le plaisir de lecture !

  2. Ta critique est superbe ; je dois dire que je suis d’accord avec toi sur la majeure partie des points. Ce fut une très bonne lecture et maintenant, j’ai bien envie de lire cette suite ;).

  3. Perso, j’ai eu du mal à accrocher… Ptétre la faute aux persos qui ne sont pas du tout attachant. Je les avais trouvés distant… Je ne m’attendais pas à ça dans un conte surement…
    Ceci-dit, j’ai bien aimé retrouvé l’univers que j’avais découvert petit dans le Disney ! 🙂

    • Je ne me suis pas attachée aux personnages mais certains sont plus intéressants que d’autres. Mais cela ne m’a pas dérangé pour apprécier ce petit conte. L’univers décalé est vraiment génial. ^^ Il faudra que je revoie le Disney. :p

  4. J’avoue que la couverture de cette édition est très jolie !!
    J’avais commencé l’été dernier à lire Alice au Pays des Merveilles en version originale, j’avais apprécié la langue et le style d’écriture de ce que j’ai lu. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi je ne l’ai pas terminé ! Faudra que je remédie à ça ! Chouette article 😉

  5. J’avoue que j’avais été un peu déçue lorsque j’ai lu Alice au Pays des Merveilles. Comme toi, j’avais vu la version Disney et la version Burton, mais je ne sais pas, avec le livre, ce n’était pas pareil, et je n’y ai pas trouvé ce que je cherchais.

    Elle est superbe la couverture de l’édition que tu as, hein 🙂 C’est aussi celle que je possède ^^

    • Oh dommage. :/ Je ne me souviens que très peu du Disney, je ne l’aimais pas plus que ça. J’ai du le voir qu’une seule fois alors que la plupart des Walt Disney, je les ai vus plein de fois. XD
      Cet artiste est génial !

  6. Ta critique d’Alice est vraiment sympa. En tant que grande fan du bouquin et de son univers (j’hésite même à faire mon master dessus l’an prochain…), je plussoie !

    • Il faut que je lise la suite. 🙂
      Tu fais des études de quoi ? 😮 C’est un thème intéressant en tout cas ! Mais c’est un sujet qui a certainement été traité de nombreuses fois. ;o

      • Je suis en L3 d’anglais à Paris Diderot 🙂 (et en même temps à l’ENS, mais c’est à Diderot que je passe mes diplômes). Effectivement c’est un sujet déjà très traité (même si bon, ça, plus une oeuvre est traitée, plus il y a de choses à en dire d’une certaine manière !), et il y a notamment deux professeurs de mon université qui travaillent dessus en ce moment donc je ne sais pas si c’est une super bonne idée de faire mon master dessus, j’hésite encore et je suis en plein questionnement existentiel pour trouver d’autres sujets possibles sur lesquels j’ai vraiment, vraiment envie de travailler… une étude sur le personnage du fou chez Shakespeare aussi m’aurait beaucoup plu mais c’est pareil, beaucoup trop traité >< et puis dernièrement je pensais à la poésie de Wilde, qui est délaissée par rapport à ses pièces de théâtre et Le portrait de Dorian Gray, donc ça pourrait fournir un possible terrain d 'étude… mais bon, rien n'est encore arrêté, si ça se trouve je vais choisir un auteur que je ne connais pas encore du tout, on verra ^^)

          • Ouaip, j’ai encore un peu de temps, d’après ce que j’ai compris certaines personnes ne choisissent leur sujet qu’à la rentrée, mais la plupart des gens disent qu’il faut avoir son idée de sujet bien arrêtée en juin, et en parler avec son futur directeur de recherche. Avec toujours la possibilité de changer à la rentrée, mais enfin ça représente quand même un engagement vis-à-vis du directeur, et puis c’est lui qui tranche si le sujet de recherche est un sujet qu’on peut prendre ou pas, donc mieux ne vaut pas attendre septembre, se rendre compte que le sujet qu’on a en tête est mauvais, et se creuser la tête à la dernière minute pour trouver un truc dont on n’est pas sûr que ça plaise ^^ ! Il faut avoir le temps d’y réfléchir… avant je comptais parmi mes idées une réflexion sur les figures du Masque et du Démon dans la poésie de Yeats, finalement j’ai écrit un mini-mémoire dessus en janvier dans le cadre d’un cours, et je me suis rendu compte que même si ça m’intéressait beaucoup, je ne me voyais pas passer un an dessus en master !

            (Donc voilà, je t’ai écrit un pavé relatant mes angoisses XD)

      • Courage, tu trouveras bien quelque chose qui te plaît ! 🙂
        Je pense que ça dépend des facs mais dans la mienne, il ne fallait surtout pas se lancer dans le mémoire avant la rentrée. Car c’était à ce moment-là que les professeurs donneraient des informations sur ce qu’il faut faire ou pas. Après, je ne pense que ça fasse de mal d’avoir déjà quelques idées sans pour autant que tout soit décidé.

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