Pars vite et reviens tard de Fred Vargas

Pars vite et reviens tard de Fred Vargas

Editions Magnard – 400 Pages

Quatrième de couverture :

A Paris, Joss, crieur de profession, déclame pour les habitants leurs petites annonces… et de mystérieux messages en ancien français. Pendant ce temps, le commissaire Adamsberg reçoit une jeune femme s’inquiétant de l’apparition de dessins énigmatiques sur les treize portes de son immeuble. Entre ces messages et ces dessins : un, deux… puis cinq cadavres morts par strangulation et recouverts de charbon de bois. La presse d’empare de l’événement ; s’installe alors la peur de la peste noire…

Avis personnel :

Cela faisait un moment que j’avais envie de lire du Fred Vargas et c’est enfin fait dans le cadre de mon cours sur le sujet de la peste. Je ne suis pas déçue de cette lecture et je lirai certainement d’autres œuvres de cette auteur féminine [oui, je n’aime guère le mot ‘auteure’].
Quelques mots pour vous présenter brièvement Fred Vargas. Née en 1957 à Paris, nombre de ses intrigues sont situées dans la capitale. Historienne médiéviste, elle écrit ses romans policiers pendant ses vacances. Ses histoires font souvent référence au passé, on peut remarquer le sujet de la peste dans ce roman-ci, qui a parcouru le monde pendant de nombreux siècles.

L’histoire se met doucement en place, bien que l’on ait des indices dès le début ; l’intrigue est assez longue à rentrer directement dans le vif du sujet. Le premier mort arrive bien tard. Cela pourra certainement gêner certaines personnes mais pour ma part, cela ne m’a pas dérangé.
L’incipit est original et peut étonner :

Et puis, quand les serpents, chauves-souris, blaireaux et tous les animaux qui vivent dans la profondeur des galeries souterraines sortent en masse dans les champs et abandonnent leur habitat naturel ; quand les plantes à fruits et les légumineuses se mettent à pourrir et à se remplir de vers (…)

Fred Vargas nous présente les personnages à tour de rôle, à travers diverses focalisations très multiples nous faisant réellement ressentir les émotions des personnages. On peut aussi noter le vocabulaire qui change d’un personnage à l’autre, pas seulement dans leurs paroles mais aussi dans la narration. Par exemple, Joss Le Guern, ancien marin breton, emploie un langage très maritime. Mais tout le début du chapitre deux présentant ce personnage se trouve rempli de mots que l’on peut identifier au champ lexical de la mer. Tous les personnages sont plus intéressants les uns que les autres et se démarquent pas des caractéristiques particulières. Le commissaire Adamsberg et son lieutenant promu capitaine Danglard sont des personnages que l’on retrouve dans d’autres livres de Fred Vargas. Comme je n’en ai pas lu d’autres, je ne pourrai pas vous les citer. J’ai eu un peu de mal à apprécier réellement le commissaire malgré des aspects de son caractère me plaisant comme souvent ailleurs que sur terre, le regard perdu, peu alerte, mais étant en réalité assez vif pour réagir quand il le faut. Sa matière d’enquêter détonne aussi ; il se fie plus à son intuition qu’à la réflexion qui est plus propre à Danglard. J’ai beaucoup apprécié les médiévistes peu présents mais il paraît qu’ils apparaissent dans d’autres romans (à se procurer !). Leurs caractères et relations sont assez humoristiques, notamment le personnage Lucien.

Quant à l’enquête, elle avance doucement au fil des pages. Les liens se font petit à petit et les personnages présentés chacun de leur côté finissent par se croiser et être tous liés.
La peste est citée comme responsable des morts et les présumés meurtriers n’en démordent pas.

Nom, prénom : Yersinia pestis. Qualité : bacille pestueux. Profession : historial killer. Nombre de victimes : plusieurs dizaines de millions. Mobile : châtiment.

Mais ce n’est pas réellement elle la coupable. J’avoue ne pas m’être attendu du tout à la fin du roman et le suspense est présent jusqu’à la dernière ligne. Le dénouement est peut-être d’ailleurs un petit peu trop précipité, avec des rebondissements s’enchaînant les uns à la suite des autres et risquant de perdre le lecteur. Mais c’est juste un léger détail qui ne gêne qu’à peine voire pas.

Juste un petit défaut que je peux noter, pas pour le roman en lui-même mais pour les résumés de quatrièmes de couverture que j’ai pu lire. Je ne sais pas pour toutes les éditions bien entendu mais dans la plupart, le mot ‘peste’ est cité et rendu coupable de tous ces décès. Je trouve dommage que cela soit dit, il aurait été préférable que le lecteur découvre comme les personnages la signification des messages et des indices semés au début du roman. Pour ma part, étudiant la peste, je n’ai pas été étonnée mais un lecteur ne connaissant pas ces informations aurait pu réfléchir.

Ce roman permet donc d’apprendre de nombreuses choses sur la peste. Saviez-vous que la bague de fiançailles comportant un diamant que l’on porte à la main gauche vient de là ? En effet, le diamant était censé protégé de la peste (pure légende) et on en offrait à des personnes chères pour les protéger de ce fléau.

En résumé :

Un très bon roman policier, avec un style particulier. De nombreux personnages auxquels on peut s’attacher grâce aux différentes focalisations. Un récit mené parfaitement jusqu’au dénouement final.

Extraits :

Chapitre II :

Non, pour rien au monde Joss n’aurait accordé sa confiance aux choses, pas plus qu’aux hommes ou à la mer. Les premières vous prennent la raison, les secondes l’âme et la troisième la vie.

Chapitre XII :

Et Joss vit qu’il s’était trompé. Pas sur la date de la première « spéciale », non, mais sur les yeux du commissaire. Dans l’eau de ce regard d’algue venait de s’allumer une lumière claire, comme un minuscule incendie crevant ma bogue du flotteur. Donc ça s’allumait et ça s’éteignait comme un phare.

Chapitre XXVIII :

–         Et alors ? Que donna Dieu à Jean-Baptiste ?
–         Il lui donna l’intuition, la douceur, la beauté et la souplesse.
–         Et que donna Diable ?
–         L’indifférence, la doucheur, la beauté et la souplesse.
–         Merde.

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6 réflexions sur “Pars vite et reviens tard de Fred Vargas

  1. Je rejoins Zorane, c’est un style qui me plaît beaucoup! Et Adamsberg est sympa à suivre, c’est pourquoi si tu peux lire les livres dans l’ordre, tu en apprends un peu plus sur lui!
    L’homme à l’envers est pas mal non plus 😉

  2. J’ai beaucoup aimé ce polar, assez lent mais original et finalement très captivant. C’est celui que j’ai préféré de cette auteure, même si j’avais également beaucoup apprécié Sans feu ni lieu.

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