Bérénice de Racine

Bérénice de Racine

Éditions Classiques Bordas 2003 – 200 Pages

Racine :

Jean Racine (1639-1699) est un grand dramaturge français de l’époque classique. Il est souvent considéré comme le rival de Corneille qu’il surpasse, celui-ci restant dans les règles les plus strictes alors que Racine met un peu de nouveauté dans ses œuvres. Je ne prendrai pas part à ce débat, chacun de ces dramaturges a son propre talent qu’il sait mettre en avant.

Bérénice :

La pièce Bérénice fait écho à la propre pièce de Corneille intitulée Tite et Bérénice. On ne sait pas réellement pourquoi Racine a choisi ce thème, si c’était pour concurrencer Corneille et montrer ainsi sa supériorité ou si c’était suite au souhait d’Henriette d’Angleterre qui aurait demandé aux deux auteurs de préparer cette pièce simultanément.
L’intrigue est très simple : Titus devenant empereur romain ne peut épouser une reine en la personne de Bérénice. Mais comment annoncer cette décision à la femme qu’il aime et qui ne vit que pour lui ? Que choisir entre cette passion amoureuse et la loi romaine qu’il doit respecter ?

Pas de péripétie, chamboulement ou de coup de théâtre ici. L’émotion ressentie tout au long de la pièce lui confère sa grandeur tragique. Et comme le disait lui-même Racine dans sa Préface : « Ce n’est point une nécessité qu’il y ait du sang et des morts dans une tragédie : il suffit que l’action en soit grande, que les acteurs [personnages] en soient héroïques, que les passions y soient excitées, et que tout s’y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie. »

L’intensité dramatique est présente d’un bout à l’autre de la pièce et on ne sait jamais ce que sera la fin avant qu’elle n’arrive.

Voici un extrait de l’Acte II, Scène 5, illustrant la souffrance de Bérénice (qui pleure quasiment tout au long de la pièce avant de se draper dans sa dignité).

Bérénice
Quoi! me quitter sitôt, et ne me dire rien?
Chère Phénice, hélas! quel funeste entretien!
Qu’ai-je fait? Que veut-il? et que dit ce silence?

Phénice
Comme vous, je me perds d’autant plus que j’y pense.
Mais ne s’offre-t-il rien à votre souvenir
Qui contre vous, Madame, ait pu le prévenir?
Voyez, examinez.

Bérénice
Hélas! tu peux m’en croire:
Plus je veux du passé rappeler la mémoire,
Du jour que je le vis jusqu’à ce triste jour,
Plus je vois qu’on me peut reprocher trop d’amour.
Mais tu nous entendais. Il ne faut rien me taire:
Parle. N’ai-je rien dit qui lui puisse déplaire?
Que sais-je? J’ai peut-être avec trop de chaleur
Rabaissé ses présents, ou blâmé sa douleur…
N’est-ce point que de Rome il redoute la haine?
Il craint peut-être, il craint d’épouser une reine.
Hélas! s’il était vrai… Mais non, il a cent fois
Rassuré mon amour contre leurs dures lois;
Cent fois… Ah! qu’il m’explique un silence si rude:
Je ne respire pas dans cette incertitude.
Moi, je vivrais, Phénice, et je pourrais penser
Qu’il me néglige, ou bien que j’ai pu l’offenser?
Retournons sur ses pas. Mais quand je m’examine,
Je crois de ce désordre entrevoir l’origine,
Phénice: il aura su tout ce qui s’est passé;
L’amour d’Antiochus l’a peut-être offensé.
Il attend, m’a-t-on dit, le roi de Comagène.
Ne cherchons point ailleurs le sujet de ma peine.
Sans doute ce chagrin qui vient de m’alarmer
N’est qu’un léger soupçon facile à désarmer.
Je ne te vante point cette faible victoire,
Titus. Ah! plût au ciel que, sans blesser ta gloire,
Un rival plus puissant voulût tenter ma foi,
Et pût mettre à mes pieds plus d’empires que toi,
Que de sceptres sans nombre il pût payer ma flamme,
Que ton amour n’eût rien à donner que ton âme:
C’est alors, cher Titus, qu’aimé, victorieux,
Tu verrais de quel prix ton cœur est à mes yeux.
Allons, Phénice, un mot pourra le satisfaire.
Rassurons-nous, mon cœur, je puis encor lui plaire:
Je me comptais trop tôt au rang des malheureux;
Si Titus est jaloux, Titus est amoureux.

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